Royan autrement, Sud Ouest

3-Ph.Quintard

Bijoux architecturaux et trésors gourmands

Charlotte de Charrette, animatrice du patrimoine et de l’architecture, nous livre le Royan qu’elle aime faire découvrir à ses amis.

Suivre dans Royan Charlotte de Charrette, c’est comme se plonger dans un livre d’histoire. Déformation professionnelle oblige, elle est animatrice du patrimoine et de l’architecture à la Mairie de Royan. Une part importante de son travail est d’assurer la découverte du patrimoine, mais aujourd’hui, elle nous invite à une visite un peu particulière, plus personnelle, « celle que je réserve à mes amis ». Elle connaît bien Royan, elle est née et a grandi à quelques kilomètres.
Un univers à la Tatie
D’emblée, la jeune femme nous rappelle en quelques mots l’histoire de la ville qui explique son visage actuel : « La nuit du 5 janvier 1945, un bombardement allié a rasé quasi entièrement la station balnéaire née à la belle époque. Sa reconstruction sera confiée à l’architecte bordelais Claude Ferret influencé par l’architecture brésilienne d’Oscar Niemeyer. Elle devient sous son impulsion un véritable laboratoire d’architecture moderne. Pour être très imagée, c’est une architecture ludique et géométrique qui renvoie à l’univers de Tati ou de Spirou.» Pour souligner son propos, elle démarre notre périple par le quartier de Foncillon – un des plus bombardé avec le centre – à la découverte des villas les plus emblématiques : la Maison « Spirou », justement, la villa Mbi Ye No ou encore la villa Japhica(1). « Ce que j’aime, ce sont tous les petits détails, les auvents qui soulignent les volumes, les pilotis, les brises soleil, les escaliers hélicoïdaux, les portes, véritables chefs d’œuvres utilisant le bois, le verre, les ferronneries et les jeux de couleurs. »
Une halte chez Lopez
Avant de nous enfoncer un peu plus dans Foncillon, elle nous invite à nous rendre à la plage du Chey. « Un endroit, qui comme sa voisine la plage de Pontaillac, a contribué à l’épopée des bains de mer à la fin 19e siècle. Ce que j’aime, c’est son intimité. » On poursuit la visite en passant devant la cathédrale Notre-Dame, monument emblématique de la ville – « qui prend toute sa dimension en entrant en son sein » –, vers notre prochain objectif : le Temple protestant. «Mal connu car à l’ombre de ce géant de béton. L’architecture est là aussi très typique des années 50. A l’arrière, le cimetière, étonnant en plein centre-ville, est un rescapé des bombardements.» Direction ensuite, le boulevard Briand. A son début, une halte s’impose à la Confiserie Lopez, institution Royannaise fondée en 1924, où la réputation des glaces niniches, berlingots et bois cassés n’est plus à faire. « Ce boulevard est important à mes yeux, il est le point de départ de la reconstruction de la ville en 1945. Ici, nous sommes dans la continuité des productions des années 30 à l’aspect très Haussmannien. » Royan aurait donc pu avoir un autre visage, si un changement de cap n’avait pas été pris en 1947 suite à la lecture par Ferret et ses architectes de la revue « Architecture d’Aujourd’hui » consacrée à l’architecture Brésilienne. En remontant le boulevard jusqu’au superbe marché central en forme de coquillage, Anne de Charrette nous fait prendre la rue Montmartre à droite, la bien nommée du fait de son escalier, pour nous montrer un bâtiment étrange très cubique datant de la reconstruction. « Il s’agit du temple maçonnique, dont on ne sait pas grand-chose », étonnamment.
Année 50 et Belle époque
En remontant vers le quartier du Parc, qui offre les plus beaux exemples de cohabitation des villas balnéaires des années 50 avec celles de leurs ainées de la Belle Epoque, un petit créneau s’impose à l’hôtel Trident Thyrsé, sur le boulevard Garnier, pour y aller boire un verre. L’endroit a conservé le mobilier d’époque. Assis dans le salon face à la mer, on ne serait pas surpris de voir entrer M. Hulot et sa célèbre pipe.
Dans le parc, « le mieux est de se perdre dans les petites rues ombragées qui ont vu passer du beau monde comme Jacques Henri-Lartigue, Picasso ou Emile Zola», conseille Charlotte de Charrette. « Chaque coin de rue est un émerveillement ». Ici une pagode japonaise (la Villa Kosiki), là-bas un castel néogothique, un cottage anglais ou un chalet d’architecture néo-basque, plus loin une maison très art nouveau (villa Orchidée). Sans oublier l’église Notre-Dame du Parc, inspirée de l’église St Françoise d’Assise de Niemeyer. Pour la petite histoire, elle aurait dû prendre la place de l’imposante cathédrale Notre-Dame, mais Ferret y a mis son véto. « Mon coup de cœur va à la villa « Boomerang », avenue de la Grande Plage. J’y emmène tous les réfractaires à l’architecture des années 50. Cette maison regroupe tous les codes de cette époque mais poussés à l’extrême. »
La visite se conclut par une halte gastronomique au restaurant l’Avocette, près du stade aux allures également très fifties, « certes loin de la plage, mais à mon goût une des meilleures tables de Royan. »

(1) La ville de Royan a édité un petit dépliant qui situe sur un plan les plus belles villas des années 50.

Encadré
Le design sous toutes ses facettes
Afin de mieux appréhender la relation entre designers et architectes de la Reconstruction, rendez-vous au Musée de Royan. Cette année, il ouvre ses portes, pour une prestigieuse exposition : «l’aventure du design ». Elle est issue de la collection privée d’un grand nom du design contemporain : Alexander Von Vegesack, célèbre collectionneur d’art allemand et fondateur du Vitra Design Museum, près de Bâle.
75 objets du quotidien qui peu à peu sont entrés dans l’histoire du style et qui font référence aujourd’hui y sont présentés. On y retrouve les meubles rares en acier tubulaires de Le Corbusier, les élégantes créations de Charlotte Perriand, les chaises sculpturales de Mathieu Matégot et André Bloc, ainsi que celles de Charles et Ray Eames, mais aussi les travaux uniques de Jean Prouvé qui occupent une place particulière dans l’histoire architecturale de Royan.
« L’aventure du design », jusqu’au 15 septembre au musée de Royan, 31 avenue de Paris. Tél. 05.46.38.85.96

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